Les spécialités culinaires de Rouen et de Normandie à déguster absolument
Rouen, perle de la Normandie et ville aux cent clochers, ne se contente pas de séduire par son architecture gothique et ses ruelles pavées. C’est une véritable capitale gastronomique où le terroir normand s’exprime avec générosité. Entre terre et mer, la cuisine rouennaise profite d’une situation géographique privilégiée : les produits laitiers du Pays de Bray, les fruits de mer de la côte d’Albâtre toute proche, et les vergers de la vallée de la Seine.
Que vous soyez de passage pour un week-end touristique ou résidant à la recherche de nouvelles saveurs, il est impensable de visiter la ville sans s’attabler devant ses plats emblématiques. Mais que manger exactement ? Voici le guide complet des spécialités culinaires de Rouen et les meilleures raisons de succomber à la gourmandise normande.
Le Canard à la Rouennaise : Le roi des plats locaux
Si Rouen devait avoir un emblème culinaire, ce serait incontestablement le Canard à la Rouennaise (aussi appelé canard au sang). Ce n’est pas un simple plat, c’est un rituel, un spectacle, un morceau d’histoire.
La recette, codifiée par le célèbre Père Denise à Duclair et popularisée par les Maîtres Canardiers, est unique au monde. Le secret ? Le canard est étouffé pour conserver son sang (ce qui donne une chair d’une tendreté incomparable), puis rôti saignant. La carcasse est ensuite pressée devant les convives dans une presse en argent pour extraire le sang et les sucs, qui sont liés avec du Cognac, du vin rouge (souvent un Beaune ou un Bordeaux) et des échalotes pour créer une sauce onctueuse et puissante.
C’est un plat de fête, au goût prononcé, que l’on déguste religieusement dans les institutions de la ville comme La Couronne (la plus vieille auberge de France, place du Vieux-Marché) ou au Café de la Bourse.
Les Fromages Normands : Un plateau royal AOP
En Normandie, le fromage n’est pas une option, c’est une religion. Le climat pluvieux et les pâturages verdoyants donnent un lait d’une qualité exceptionnelle. Sur les marchés de Rouen (comme celui de la place Saint-Marc le week-end), vous trouverez les quatre joyaux AOP (Appellation d’Origine Protégée) de la région :
- Le Camembert de Normandie : Le plus célèbre fromage français. Choisissez-le « moulé à la louche » et au lait cru pour une expérience authentique.
- Le Livarot : Surnommé le « colonel » en raison des cinq bandes de laîches qui l’entourent (comme les galons d’un grade militaire), c’est un fromage de caractère à la croûte lavée orangée.
- Le Pont-l’Évêque : Ce pavé carré est l’un des plus anciens fromages de Normandie. Sa pâte est souple et son goût de noisette ravi tous les palais.
- Le Neufchâtel : Le régional de l’étape ! Produit dans le Pays de Bray, à quelques kilomètres au nord de Rouen, il se reconnaît à sa forme de cœur. La légende raconte que les jeunes Normandes l’offraient aux soldats anglais pendant la Guerre de Cent Ans pour déclarer leur flamme.
Les Délices de la Mer : De Dieppe à Rouen
Bien que située à l’intérieur des terres, Rouen est un port maritime (le premier port céréalier d’Europe !). La Seine la relie à la Manche, et la marée apporte chaque matin des produits d’une fraîcheur absolue, notamment depuis le port de Dieppe, à moins d’une heure de route.
La Sole à la Normande
Ce plat raffiné met à l’honneur la sole, poisson noble par excellence. Elle est pochée et servie avec une sauce… normande, évidemment ! C’est-à-dire une sauce veloutée à base de beurre, de jaune d’œuf et de crème fraîche, garnie de moules, de crevettes grises et de champignons de Paris. Un délice d’onctuosité.
La Marmite Dieppoise
Moins connue que la bouillabaisse marseillaise mais tout aussi savoureuse, la marmite dieppoise est un ragoût de poissons (turbot, sole, lotte) et de crustacés cuits dans une sauce crémée au beurre et au cidre. C’est le plat réconfortant idéal après une balade hivernale sur les quais de Seine.
Les Douceurs Sucrées : Pommes et Confiseries
Les becs sucrés ne sont pas en reste. La Normandie est le verger de la France, et la pomme se décline ici sous toutes ses formes.
La Tarte Normande
Oubliez la tarte aux pommes classique. La tarte normande est généreuse. Sur une pâte brisée, on dispose des quartiers de pommes (souvent des Reinettes ou des Goldens) que l’on recouvre d’un appareil « migaine » : œufs, sucre, et beaucoup de crème fraîche. Le tout est flambé au Calvados à la sortie du four. À déguster tiède pour un fondant incomparable.
Le Sucre de Pomme de Rouen
C’est la confiserie historique de la ville. Créé au XVIe siècle par les apothicaires, le Sucre de Pomme était à l’origine un médicament pour adoucir la gorge (il contenait du santal et de l’aloès) ! Aujourd’hui, c’est un bâtonnet de sucre cuit translucide, parfumé à l’essence de pomme et au jus de citron. Son emballage coloré représentant les monuments de Rouen en fait le souvenir idéal à ramener dans sa valise.
Les Mirlitons de Rouen
Moins connus que les macarons, les Mirlitons sont pourtant une spécialité ancienne typique de Rouen. Il s’agit d’une petite tartelette garnie d’un appareil à base d’œufs, de sucre, de crème, de poudre d’amande et de fleur d’oranger, parfois agrémentée d’une demi-abricot. C’est une pâtisserie délicate, parfaite pour le goûter.
Que boire à Rouen ? Cidre et Calvados
Pour accompagner ces mets, oubliez le vin (même si une bonne cave ne manque jamais à Rouen) et tournez-vous vers les productions locales.
- Le Cidre normand : Brut ou doux, il remplace avantageusement le vin ou l’eau à table. Cherchez les cidres fermiers du Pays de Caux ou du Pays de Bray pour plus de caractère.
- Le Poiré : Le « champagne normand », produit à partir de poires, est plus rare, plus fin et très élégant à l’apéritif.
- Le Calvados : Cette eau-de-vie de cidre vieillie en fûts de chêne se déguste en digestif, ou au milieu du repas sous forme de « Trou Normand » (un petit verre cul-sec, parfois avec un sorbet pomme, pour faciliter la digestion avant d’attaquer la suite !).
Où manger à Rouen ? L’ambiance compte autant que l’assiette
L’expérience culinaire à Rouen passe aussi par le cadre. Le centre-ville historique regorge de restaurants installés dans des bâtiments séculaires. Manger un canard à la rouennaise sous des poutres apparentes datant du Moyen-Âge ajoute une saveur indéniable.
D’ailleurs, si vous êtes sensible au charme de l’architecture locale, nous vous conseillons vivement de lire notre article dédié à la Maison à colombage : histoire et caractéristiques. Vous comprendrez pourquoi ces maisons à pans de bois, qui abritent souvent les meilleures tables (comme rue Eau de Robec ou place du Vieux-Marché), sont si précieuses pour l’identité de la ville.
En conclusion, visiter Rouen, c’est accepter de prendre quelques calories, mais c’est surtout découvrir un art de vivre généreux et convivial. Bon appétit !